•  

    Elsa

     

    Filtre un pâle soleil entre les pins qui, tels
    Des soldats portants, fiers, leurs bras en ombrelles
    A l'armure moussue que le vent écartèle,
    C'est aux Landes qu'Elsa cueille les chanterelles.

    On ne s'attarde pas sur les mauves bruyères
    Où les rameaux de houx rougeoient dans la clairière.
    Elsa, le dos courbé sur les ronds de sorcières
    Défeuille habilement les souches des litières.

    Les doigts rouges et gourds, de terre, aussi de froid,
    Soulèvent les jupons des girolles qui choient
    Dans la vasque d'osier à l'anse qui tournoie.

    Doux parfum d’oranger où la chair se consume
    S’effruite un instant sous les rayons de brume
    Avant que le gourmand de leur lit les exhume.

     

     

    *

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  • A marée basse

    Joseph Vernet. Entrée du port de Palerme

    A marée basse

    La lune en halo bleu tire des corbillons
    Qui décoiffent les vagues et les vêt de haillons
    Quand les braconniers ploient sous le poids des besaces
    Aux panses de patrons arpentant les sargasses.

    Et la marée s'en vient, grelots de blancs moutons
    à flancs de cale, alors, s'amarrent aux pontons
    Les proues aux seins moussus qui lascives se couchent
    Près des baguenaudiers qui point ne s'effarouchent

    A l'entour des rafiots les goélands criaillent
    Attirés par l'odeur et la faim qui tenaillent
    On décharge, on empile, on remplit des ballots
    Qui viendront s'entasser au fond des caboulots.

    Leur goule apaiseront en jetant des rascasses
    Tandis que les corbeaux fondront sur les carcasses.
    La marée s'en ira déroulant ses rengaines.
    Les hommes harassés dormiront sur leurs chaînes.

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  • goutte d'eau dans la mer

    f.Aubry de Montdidier

    Goutte d’eau dans la mer

     

    Dernière larme.
    Elle roule
    Dans l’âme de la vague.
    Un scarabée
    Se saoule du sel
    Qui s’écoule de la goutte
    Pressée.
    Douloureux est le jour
    Où la mousse s’émousse
    Et la pierre est à nu.
    Cœur asséché
    Au soleil ardent
    Creusant des fissures
    Sur l’orbite
    D’où les yeux
    Sont absents,
    Emportés par la vague
    Creusée.
    En flots impétueux
    Les rouleaux de mer
    Brassent la larme
    Que les cieux ont rejetée
    En étoile de mer
    Au couchant de la terre

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  • L'été pleure d'ennui

    Gustave Courbet Plage de Trouville

     

     

    L'été pleure d'ennui

    Or, l'hirondelle si ne fait pas le printemps,
    De nos fils, en avril, elle tisse son nid,
    Abritant sa nichée dont le coucou s'éprend
    Qui laisse, jusqu'en mai, la couvée ébahie.

    Vole la sarabande autour des nuées noires,
    Petits piafs pataugeant dans la rue dépeuplée
    La fontaine y déborde en de larges baignoires.
    L'été pleure d'ennui ventant à la bottée.

    Nous n'irons pas au bois, la saison est en deuil,
    Déversant ses rancoeurs et ses humeurs maussades.
    Nèfles et noires baies tombent en débandades
    Et dans un creux moussu s’affaire l'écureuil.

    Ainsi qu'une saison morne fleurant l'automne,
    Nos pas vont cheminant vers la froide saison,
    Le bois humide et mort sur les chenêts ronchonne.
    D'un doigt sur le carreau, je dessine un pinson.

     

     

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    Au lavoir

    l

     

    Au lavoir

    La nuit s’achève
    La pluie a lessivé les étoiles
    Une à une elles s’égouttent
    Sur les balançoires
    Dans le square

    C’est jour de deuil
    Le ciel suspend de longs rubans noirs
    Sous les charmes en ombrelles
    Où les chiens errants
    Vont mourant

    Tu perds ton ombre
    Le matin est tout pareil au soir
    Attends l’instant où l’éclair
    Argente la terre
    Traversière

    Le vent se lève
    Balaie les araignées du bonsoir
    Puis se couche sur le dos
    Pour se poser
    Essoufflé

    A croupeton
    Les langues au rythme du battoir
    Ont des propos adultères
    Les hontes fusent
    Puis infusent

    Sur la rivière
    Des bulles de savon de Marseille
    Clapotent sur les pontons
    Lessivent les draps
    des javas

     

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  • A ta santé !

    - J’sus tant bin content, Arsule, de t’revouair ! J’ai bin cru qu’c’était fini nous deux. J’en avais l'foie tout berdancé.
    - Moi, c’est pareil, Arsène, Vingts dieux ça m’manquait nos pichetées d’vin !
    -On est toujours comme deux frères, pas vrai ? C’est qu’jen quervais de n’pu te r’vouair !
    - Si on trinquait comme au bon vieux temps ?
    - Ah ! Bin ça, c’est pas d’refus ! Voilà que j’me sens bin à c’t’heure.
    A ta santé, l’ Arsène !
    - Me parle pus d’santé, tu veux. Elle est ben mal nommée. C’est qu’elle m’a bouffé l’cœur et l’corps.
    - C’est façon d’causer, tu sais bin.
    - Dis, Arsule, tu m’en veux pus ?
    - Bin non, tu vois bin, pisque j'chu là. On avait bu un coup, un peu pus qu'd'habitude sans doute ; ça d'vait s'passer comme ça , va. C'était écrit, quouai ! J’ai pas eu l’temps d’vouair venir le coup que j’chus parti. J’ai cru qu’les boches i m’canardaient. D’un seul coup, ça a pétaradé dans ma tête et pis , pus rin.
    - Bin tu sais, moi non pus, j’ai rin compris. Comme tu dis, une pich'té de trop, faut craire J’ai eu l’temps d’y r’penser dedpuis, tu penses pendant tout c'temps qu'i m'ont enfermé. J’me suis r’trouvé entre quat’ murs sans savoir pour qui ni comment. Et pis, t’étais pus là et pis on m’a dit qu’j’étais un vieux fou. C’qui ça m’a rongé les sangs aussi c’était d’penser que personne s’occuperait de panser les lapins.
    - Je’sais ! J’étais pus là mais j’savais c’que tu pensais. Les lapins, i z’ont quervé. Mais t’en fais pas, ici, on en mange tant qu’on en veut.
    - C’est drôle, t’as pu ta bosse dans l’dos et pis moai, j’sens pu mon artite.
    C’est comme qui dirait qu’on aurait rajeuni !
    - ‘Core un coup ?
    - Dame oui, j’veux bin ! J’chais pus de quoi qu’on causait quand tout d’un coup comme un coup d’tonnerre, tu t’es affalé sur la table.
    - On causait d’la Régine.
    - Ah bin celle-là ! T'en pinçait, hein? C’est vrai qu’elle avait l’genou bin rond. Trop rond même ! qu’estce qu’è v’nait toujours t’atigocher en s’couant ses lolos. J’voyais ben qu’è t’mettait la trique pis qu’alle aurait bin voulu que tu la suives dans son ménage. Tout ça, ça qu’y aurait fait du r’mous avec le patron. Et pis moai ! De quoi que j’dev’nais dans tout ça ? Depuis qu’i m’ont emmené, j’ai pus eu d’nouvelles. Tu la r’voais pus, dis, Arsule ?
    - Arsène, mon vieux, i faut te réveiller. Ouvre donc un peu les yeux et regarde en bas : tu la vois ta petite maison blanche, enfin , blanche, si on peut dire…Tu la vois pas ? Pas étonnant, depuis l’temps . Elle est toute couverte de ronces et de viorne et pis chez moi, c’est pareil, mais on s’en fout maint’nant.
    - Ben où c’est-i qu’on est, l’Arsule ?
    - Pour sûr, ni toi ni moi on est là-bas . Entre tes quat’ murs où qu’i t’ont mis, au lieu d’manger tu pleurais, tu pleurais, si bin qu’à la fin, t’en es mort. C’est comme ça qu’tu m’as r’trouvé. J’ché pas ben où on est mais l’important c’est qu’on se soyent retrouvé, non ? Et pis, on peut encore se faire des goulées. C’est bin ça l’essentiel, non ?
    Allez ! à la bonne nôt’, Arsène !

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  • La crédence qui danse

    Jeune homme à la pipe - Michel Gobin

     

    La crédence qui danse


    Perché sur la crédence, une blague à tabac
    Vide, mourait d’ennui près d’une pipe froide
    Qui manquait de culot et se tenait fort roide.
    Quoi ! N’y aurait-il donc, âme qui ne m’aimât ?

    Du haut de sa prestance un grand vase d’albâtre
    Coiffé d’un lourd bonnet dans ses cendres piaffait.
    Ah ! Je suis fatigué de voir tous ces benêts
    Venir s’agenouiller comme des idolâtres !

    Foin de De Profondis ! Vous me voudriez mort !
    Qu’on me donne un tison, je saurai vous surprendre
    Et dans un souffle chaud , renaître de mes cendres.
    Rangez vos goupillons calotins et consorts !

    Or la pipe aux aguets, entendant son voisin,
    Se trémoussa d’envie augurant le délire
    A faire un feu de joie à ces pince-sans-rire
    Et desserrant la blague y versa le butin

    Puis sa gueule bourra méticuleusement.
    On battit le briquet, on prit la mort aux dents
    Pierrot prit la bouffée, l’urne, le vif ardent,
    Il était une fois, la crédence qui danse.

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  • A la lanterne

    A la lanterne !


    Les arbres s’habillaient de bouquets blancs
    La terre endormie se poudrait de vert
    Pourtant la ville avait l’odeur du sang
    Et ses passants, un visage d’hiver.

    Pleurez, pleurez, petits enfants,
    Vous aurez des moulins à vent.

    Le fin clocher arbore la cocarde
    Saluant l’arbre de la liberté
    Et la potence joue de la camarde
    A essuyer la cravate à Capet.

    Pleurez, pleurez, la liberté,
    De sang les lauriers sont coupés.

    Rue des Foulons exposés au carcan,
    Voyez ces bas de soie, ces taffetas ;
    Un carré d’as ne fait pas un brelan
    De mégères braillant “ C’est du rata ! ”

    Pleurez, pleurez, les nouveaux-nés,
    Au champ la charrette a croulé

    L’oeillette fanée pleure la Saint Jean.
    On dénonce dans les bouches de fer.
    On emmenotte et complote à l’encan
    Les calottes et jabots réfractaires.

    Pleurez, pleurez, petites filles
    Vous danserez à Saint Faucille

    Où sont passées les aurores nacrées
    Et la blonde lumière du soleil ?
    Dans la campagne, le chauffeur à pied
    Dépouille, égorge et vole le méteil

    Pleurez, pleurez, brav’ paysans
    Hélas, la révolution ment.

    Décadi n’est pas dimanche et pourtant,
    A lueur du crasset, on attend
    Que thermidor, enfin, rende aux enfants
    Leur bonne galette des rois d’antan.

    Riez, cachez, petits marmots,
    Les louis d’or dans vos sabots.

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  • Antonio Mancini "Pauvre écolier" Musée Orsay

     La lettre

     

    La vaisselle faite, elle essuie ses mains sur son tablier, se mouche énergiquement et relève d'un doigt encore rougi, une mèche imaginaire. C'est un geste machinal qu'elle a gardé du temps où la buée de la lessiveuse faisait s'échapper des boucles de son fichu. Elle tire le banc collé à la table et s'y assied et, comme chaque jour depuis qu'elle est arrivée, la mère prend la lettre dans ses mains, avec délicatesse, comme son curé prend l'hostie sur la patène. L'enveloppe est fine, bordée d'une frise rouge et bleue avec une indication : « par avion-by airmail». Elle ne comprend pas tout mais elle sait que cette lettre a pris l'avion pour venir jusqu'à elle. Et si c'était son fils? Son fils aurait pris l'avion ? Lui qui a mis du temps à apprendre à rouler à bicyclette. Pourtant, elle en est quasiment sûre. Elle a bien réfléchi tous ces jours, en attendant le retour du père. Il y a tant d'années qu'elle ne l'a pas revu son Jeannot. Elle connaissait un peu son écriture du temps qu'il était gamin. Maintenant c'est un homme alors, forcément il n'écrit plus comme avant. C'est bien son adresse. Avec son doigt, elle enroule les lettres qui sont tracées à l'encre violette et là, elle y voit un signe : c'est la même couleur que sur ses cahiers d'écolier remplis de pâtés d'encre violette et de trous de plume. Il ne fait plus de trous. C'est qu'il a grandi le fils. Et la mère se penche sur cette lettre, ferme les yeux, plisse le front très fort et aspire à grands coups de nez pour mieux emprisonner les images qu'elle a gardées de son unique fils. La voilà à la recherche d'une odeur qu'elle aurait cru oubliée et qui resurgirait comme l'odeur de ses mains qui ont transpiré pour faire cette lettre. Il suait toujours quand il avait à faire une rédaction. Elle sait bien, la mère, qu'elle se fait des idées. C'est juste histoire de se parler, de savourer son contentement en attendant le retour du père qui a la tâche de lire la lettre. Elle a tant attendu ce jour. Encore quelques heures et elle saura. Elle imagine les grosses larmes que le père laissera couler le longs des sillons de son nez, car il pleurera c'est sûr, comme le jour où il a attendu que Jeannot ait tourné le chemin et qu'ils ne l'ont plus revu. Allons, il n'y a plus beaucoup à attendre, se dit-elle en se relevant tout en posant une dernière caresse sur la lettre comme elle le faisait avant que Jeannot parte pour l'école.

    Le coucou vient de sonner l'angélus quand le père pose sa sacoche dans l'entrée. Il voit la lettre sur la table avant même de voir les grands yeux impatients de sa femme. Il la regarde. Il lui semble que ses yeux ont beaucoup pleuré, ça se voit aux grandes cernes qui noircissent son visage. Sans mot dire, elle hoche la tête. Alors,il prend ses deux mains dans les siennes et de chacun de ses yeux une grosse larme dévale. Ils s'assoient face à face, chacun sur leur banc. Le père prend la lettre, la tourne et retourne de ses doigts rugueux, pèse le contenu. La lettre est légère. Il n'y a pas d'adresse au dos. Il sort son couteau de sa poche et délicatement cisaille l'enveloppe qui fait un doux bruit déchirant comme l'impatience qui ébranle les doigts. Un papier fin, tellement fin que des trous,çà et là décorent la lettre, comme sur les cahiers d'écolier de Jeannot, remarque la mère. Les yeux du père parcourent les lignes tandis qu'elle est suspendue aux mouvements de ses lèvres... « Chers parents...Il y a longtemps maintenant que papa m'a donné ma valise en m'ordonnant de quitter la maison... » Elle en était sûre, c'était bien son fils !La voix du père faiblit au fur et à mesure que les mots défilent... « La vie me fut rude, j'ai du me débrouiller seul, sans votre aide... ». Maintenant le père renifle en tentant de lire à travers ses yeux embués et c'est d'une voix à peine audible qu'il poursuit... «Mais j'ai si souvent pensé à maman pour avoir du courage. Le temps a passé et je veux vous dire par cette lettre que même si je ne peux oublier la sévère punition que papa m'a infligée, ...Mais le père n'est plus capable de lire et c'est elle qui prend la lettre et énonce chaque mot, jusqu'au dernier... « Maman, tu me manques tellement...et papa aussi, même si je ne sais pas si je lui manque ». Elle quitte alors son banc pour rejoindre son mari. De ses bras frêles elle enserre ses larges épaules et le berce infiniment, car le bonheur peut être douloureux quand il vient soudainement et à grand fracas vous secouer le cœur. Ensemble ils laissent s'écouler leur trop vieux chagrin.

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    SAISON DES AMOURS

     

    Elle rampe et se vrille
    Elle happe et s'accroche
    Au hasard entortille
    Les amants qui approchent.
    Volute ensorceleuse
    Aux allures frondeuses,
    Langoureuse elle épanche
    Ses charmes sous les branches.
    Elle étale, alanguie,
    Près du saule endormi
    Son parfum capiteux
    Son port avantageux.
    Maints galants la courtisent
    Dansent la ronde folle
    Bourdonnent à leur guise
    Au chant des barcarolles,
    Dardant le gynécée,
    Suprême gourmandise,
    Prisant cet hyménée,
    Sans repos s'étourdissent,
    Echinent l’ appendice
    Juponnent Colombine,
    L’amoureuse glycine.

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