• Ultime négligence

    Cité interdite

     

    Ultime négligence

     

     L’homme est fait pour marcher…

     …Comme un arbre qui pousse dans le désert.

     

     Que de contrées conquises, vagues d’horizons abandonnées sur le temps qui se resserre !

    Que de cadavres derrière soi à en oublier les visages et même jusqu’aux noms !

     Que de retombées de ferveur, d’ardeurs noyées dans la lassitude à déverser des économies d’amour dans les soubresauts des sommiers !

    Que de sanglots en saccades pour mieux sentir le propre, la sève remontante !

     Que d’amples gestes dans le vide et de flottements au gré des dolences à caresser son âme pour le plaisir de l’entendre ronronner !

     Que d’acharnement à se tourner du côté des choses qui ne finissent jamais !

     Que de zèle à soulever la poussière dorée du désoeuvrement !

     

     Pourtant,

     Notre temps finit sous les eaux comme le jouet d’un enfant dans le lit d’un ruisseau,

     Le vent décolore le chaume amolli de septembre

     Et nous nous en allons, ras les labours à venir

     Grignotant sans appétence les fruits tombés de la morte saison

     Nous écartant des sentiers qui musardent dans l’herbe drue,

     Là où les murs s'abreuvent de silence…

     

     

     

     

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  • Pour un appui-main

    Rinat animaev

     

    Pour un appui-main

     

    Il était des chemins ourlés de mimosas.

    Ses gouttes de lumière éclairant le passage

    Tout comme l'abat-jour, balançaient un mirage,

    Va et vient ombrageux peignant la pergola.

     

    Il est des napperons alourdis de raisins

    Et des coupes d'argent sentant les pommes sures

    Un parfum de cannelle et de prunes bien mûres

    Qu'une guêpe dévore autour des chérubins

     

    Il est d'autres matins qu'un vent suroît déchaîne.

    La bergère s'envole et file à tire-laine

    Délaisse ses baisers. sur l'étang de Léda

     

    Il s'en revient l'hiver quand le bouvreuil frissonne

    Et le pipeau s'est tu à même la cretonne

    Sur le rideau tiré flétrit le mimosa.

     

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  • l

     

    Les réfugiés

    Notre-Dame des Réfugiés. La Pointe du Raz

    Les réfugiés

     

     La fin du jour. L’été bande les trébuchets,

    Erige des châteaux, creuse des galeries,

     Etouffe les propos - vaines bavarderies,

     Rires éternuant sur des voix de faussets-.

     Dolents, les corps rougis étalent leur mollesse,

     Transpirent leur ennui, sans éclat ni tendresse.

     

     Venu on ne sait d’où, sans bruit, s’immobilise

     Un funambule esquif entre deux bancs de sable.

     A bout de souffle, à bout de vie, au port s’enlise.

     Les flots ont charrié les noms imprononçables

     Venus d’un autre monde où la vie supplicie

     De mourir indigent ou que l’on disgracie.

     

     Mer, tu as ravagé ces passagers si frêles.

     Leurs pupilles sans tain n’accrochent plus le ciel.

     Savent-ils seulement qu’ils sont encor vivants,

    Rescapés des récifs, de la faim, des truands ?

     La chaleur de juillet écrase cette épave

     Que des galets burinés au soleil engrave.

     

    Est-ce la houle qui, en saccades la berce 

     Quand ses flancs gémissants cèdent aux ventrières ?

     De vagues sons plaintifs que la vague disperse 

     Tandis qu’un cri sortit du ventre d’une mère

     Expulsera l’enfant sur un nouveau rivage,

     Etranger englouti au creux d’un coquillage

     

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  • Les morts ont faim

    Marie Laurencin

    Les morts ont faim

    Tu as marié un autre et ce jour-là,
    Mon cœur est mort sur le parvis.
    Depuis j’ai bu la tristesse du monde,
    Essuyé les gros temps
    Et les visages de la malchance.
    Plus tard, j’ai vu ta robe pastel se noircir de deuil.
    Alors ta mémoire a blanchi.

    Tu as lavé tes yeux dans l’eau claire
    Et tu parles tout bas en émiettant ton pain
    Tu sais que les morts ont faim
    Aussi tu prends la route qui grimpe au cimetière.

    Enfin te voilà avant que la terre se referme.
    Te voilà devant moi
    Délestée de ton regard fier et de ton front obtus.
    Tu portes ta main à ta bouche,
    Ta bouche tant farouche.
    Tes doigts liserons se dénouent
    Et tu poses un baiser sur le bois de ma couche


    Enfin, enfin, je souris à la vie
    La vie qui s’en est allée pour une nuit immense,
    Une vie sans sommeil.

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  • Magritte- La bouteille peinte

     

    Je vois ces estropiés
    Assis au fond du zinc
    Avec leurs gueules cassées
    La narine en meringue
    Chicotant l’amertume
    D’une noire piquette,
    Engloutissant l’écume
    De quelques croûtelettes
    Sentant la moleskine,
    La fesse à Proserpine.
    Leurs petits bras pendouillent
    Au bout de leurs moignons
    Qu’une mouche écrabouille
    Ainsi que leur trognon.
    Ils sont là, avachis
    Rotent en rigolant
    Au nez de quelques femmes
    Paumées dans ce gourbi
    Parfois leurs cataractes
    Pissent un jus rougeâtre.
    Au fond de leur barathre
    La raison se rétracte.
    Si parfois la lueur
    Semble éclairer leur front
    Ce ne sont que vapeurs
    En éjaculation..
    Oh ! Du monde pourtant,
    Ils sont sûrs et certains
    D’en avoir fait le tour,
    Tel l'ancien combattant
    Tirant des mannequins
    Comme unique bravoure.
    Ils bavent quelques guerres
    Qu’ils auraient voulu faire
    Puis comptent leurs débours
    Jusqu’à l’aube glaciaire.
    Dans un pot, des oeillets
    Pendent comm’ des oreilles
    Lasses de verjuter
    Le pipi des corneilles.

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  •  

    Les bûcherons

    F Aubry de Montdidier

    Les bûcherons


    Les grands arbres, immenses cathédrales,

    Branches en croix, se dressent vers les cieux

    Qui déversent, dru, un flot vertical,

    Assaillant en cataractes les pieux

    Où s'accrochent des gargouilles hideuses

    Ricanant au déluge triomphal,

    Pissant dans les nefs où passent les gueuses

    Menant leurs bâtards au fond baptismal.

    Les grandes orgues jouent le gros bourdon

    Qui sème la terreur chez les poltrons.

    Les mères en peur réclament le pardon:

    Les pères ne sont que simples bûcherons.

    Mais le grand prêtre, ce mécène,

    Bannit les pauvres filles et leurs marmots,

    Les jette sans pitié dans la géhenne:

    Au front, de l'infamie, voilà le sceau.

    Le ciel outragé, verse son courroux

    Parmi les mitres d'or pontificales.

    Les bois en croix s'abaissent sous le joug.

    Qu'on rende aux bûcherons leurs cathédrales!

     

     

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  • Les boeufs

    Les bœufs


    Les yeux mornes des bœufs contemplent le clocher
    Dans la fumante plaine à l'heure vespérale
    Où tinte l'angélus pour la gent communale
    Qui délaisse la houe pour s'en aller souper

    Le troupeau indolent au rythme de la danse
    Des taons sur leurs naseaux et du merle insolent,
    D'une pesante panse ondule son pas lent.
    Il va battant ses flancs bercés de nonchalance,

    Au point d'eau s'étancher sous l'ombre des grands frênes.
    Enlisé dans la glaise où croissent les silènes
    Et miroitent des jets parmi les meuglements

    En un contentement patauge dans la vase.
    Mille éclats de cristaux que le soleil embrase
    Sont les cailloux jetés par quelques garnements

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  •  

    L'enfant Latour

    peinture de Bruno Amadio

    L'enfant Latour


    Le contrevent balance en gémissant.
    Le lierre s'y cramponne
    Et le vent méchant gifle le carreau
    Zébré d'obliques gouttes de plomb
    Brouillant les larmes de l'enfant
    Qui dessinait un arc-en-ciel.

    Sur le châlit la vieille mère murmure :
    Prends un abri, bergère, laisse tes blancs moutons,
    De laine plus n'en faut
    Quand la chandelle est morte.

    Latour, prends garde
    Disait le père en titubant.
    Derrière chez nous y'a un étang
    C'est là qu'il dort depuis longtemps.

    C'était il était une fois
    L'enfant poussa comme un chardon.
    En descendant dans son jardin
    Une poule sur le mur
    Se moqua de son briquet.

    L'aiguillon n'a pas passé
    Pas la peine de r'commencer.
    Latour s'en ira t'en guerre
    Puis il sera porté en terre
    Loin du châlit et de l'étang.

    Au clair de la lune
    Mon ami Latour
    Dessine des plumes
    Et ne dit plus mot.

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    Le temps d'un poème


    Une fine écriture
    Tombe en poussière
    Et laisse filer la peine

    C'est une ancienne peine
    Cernée d'un vieux ruban
    Un nœud l'enserre à peine

    Les pleurs sont minuscules
    J'ai délié le ruban
    Laissé filer la peine

    Et c'est dans une veine
    D'un bois de palissandre
    Qu'elle s'est reposée

    Petits brins de rosée
    Que d'une tendre haleine
    les années vont sécher

     

     

    *

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  • Le silence de la pierre

     

    Le silence de la pierre

    L'oreille sur la pierre écrase le silence
    Que froisse une fougère en pleine éclosion
    Sa clé de sol harponne une voix d'angelot
    Etouffe sous l'archet les petits cris d'amour,
    Où la source trébuche et chiffonne les airs.

    Mon âme sur la mousse entonne une berceuse :
    «Ta mère n'est pas là, ton père n'y est plus ».
    Je suis à la rivière et l'écho me répond
    Ta mère est au trépas, ton père est dépendu
    Et mes yeux étourdis regardent le clocher.

    La girouette s'affole et le coq cocorique.
    En la place Flaubert le café clôt ses portes
    l'ébéniste rabote et le bedeau s'accroche
    Au bourdon qui retient le râteau des faneuses
    Dont les cheveux couleur des blés plaisent aux gars.

    A voir tout un village en crêpe et en souliers
    Marteler les pavés qui montent vers l'église
    A se rapetisser derrière la fontaine
    A se parler tout bas au milieu des soupirs
    Les pierres des caveaux pourront crier d'effroi

    Et de froid car, qu'il verse ou que le soleil rit
    C'est la même chanson que moulinent mes pas
    Un pied devant qui mène vers la tombe,
    Un pied derrière à pleurer le passé
    Et dans ma main la clé pour courir au verger.

     

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